Fin novembre, j’ai effectué un voyage à l’Ile Maurice. Le pays est en général caractérisé par ses plages et paysages idylliques. Mais la réalité à laquelle j’ai été confrontée est assez différente.

L’Ile Maurice a l’un des taux les plus élevées d’usage de drogues par habitant, avec une forte prévalence d’injection d’héroïne. Jusqu’à maintenant, le gouvernement a généralement répondu à l’usage de drogues par de sévères sanctions punitives contre les personnes ayant commis des infractions liées à la drogue. Selon la Loi sur les substances dangereuses de 2000, les personnes arrêtées pour simple usage de drogues sont passibles d’un maximum de deux ans d’emprisonnement et/ou d’une amende maximum de 50 000 roupies (1 640 dollars américains). Comme dans d’autres régions du monde, cette approche n’a pas permis de diminuer les taux de consommation de drogues, alors qu’un certain nombre de conséquences négatives a émergé, en particulier en termes de santé publique : en 2005, 92% des nouvelles infections de VIH à l'île Maurice se trouvait parmi les usagers de drogues injectables. 

Pour répondre à cette tendance préoccupante, certaines ONG, en particulier le Collectif Urgence Toxida (CUT) à travers l’organisation PILS, a ouvert le premier programme d’échange d’aiguilles et de seringues (PES) du pays – illégalement à ce moment-là puisque la possession de seringues est considérée comme une infraction pénale sou la loi mauricienne sur la drogue.  Les programmes de substitution à la méthadone ont également émergé en 2006. Cette année-là a aussi marqué un changement dans la législation du pays, avec l’adoption de la Loi sur le VIH et le SIDA soutient officiellement les PES, et dispose qu’une personne ne devrait pas être pénalisée sur les seuls fondements de possession de seringue, si la seringue a été obtenue auprès d’un PES accrédité. Aujourd’hui, plusieurs ONG, ainsi que le Ministre de la Santé, proposent une large gamme de services de réduction des risques à travers l’Ile Maurice.  

Ces services de réduction des risques ont été très efficaces pour répondre aux défis de santé publique liés à l’usage de drogues. En 2013, le taux d'incidence des nouvelles infections de VIH parmi les personnes qui s’injectent des drogues avait déjà chuté de 44% (par rapport au niveau élevé de 92% huit ans auparavant).

Cependant, de nombreux défis persistent. Par exemple, les données relatives aux femmes qui s’injectent des drogues sont particulièrement problématiques : 70% d’entre elles sont contaminées par le VIH. Les usagers/usagères de drogues injectables font également face à une crise d’hépatite C : 97% d’entre eux/elles sont infecté(e)s par le virus.

En ce qui concerne les services disponibles, certains programmes clés de réduction des risques (tels que les traitements de substitution à la buprénorphine, la prévention des overdoses par naxolone, les traitements de l’hépatite C, etc.) ne sont toujours pas disponibles ou accessibles, tant au sein de la communauté que dans les prisons. Et pour ce qui est des lois sur la drogue, il existe une contradiction flagrante entre l’approche de réduction des risques encouragée par la Loi sur le VIH/SIDA et l’approche répressive promue par la Loi sur les substances dangereuses.



Dans ce contexte, j’ai été invitée par notre organisation partenaire CUT à mener une série de formations de plaidoyer en matière de politiques des drogues et à présenter les expériences du monde entier autour des mouvements de réforme politique. Nous avons rencontré divers acteurs clés du pays, en commençant par  un groupe d’avocats qui semblaient être assez réceptifs à l’idée que l’usage de drogues devrait être considéré comme un problème sanitaire et social, plutôt que comme une question d’ordre pénal. Certains d’entre eux étaient particulièrement intéressés par les mouvements de réforme politique autour de la dépénalisation, et les réformes de légalisation du cannabis ayant récemment eu lieu au sein des Etats-Unis (le cannabis étant une substance particulièrement consommée à l’Ile Maurice). Un petit groupe d’avocat a même proposé d’aider CUT dans leur travail de plaidoyer auprès de la justice mauricienne.

Nous avons ensuite rencontré des magistrats, des officiers de police et d’autres professionnels judiciaires clés. Cet atelier de travail était un premier pas pour essayer d’engager ces acteurs clés dans un débat objectif autour des politiques des drogues nationales et de les convaincre qu’ils ont un rôle important à jouer pour protéger la réduction des risques et les droits humains des usagers de drogues.

L’étape finale de mon voyage a été l’organisation d’un atelier de travail pour la société civile, centré sur le plaidoyer en matière de politiques des drogues. Ce dernier atelier était particulièrement intéressant, avec la participation de nombreuses ONG rassemblés pour parler des défis auxquelles elles sont confrontées et de potentielles stratégies de réforme politique.

Marie Nougier, Chargée sénior de recherche et de communication à l’IDPC

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