Par Groupement Romand d'Études des Addictions (GREA)

Alors que le monde retient son souffle pour l’élection présidentielle, une autre bataille en marge du scrutin est gagnée haut la main : celle de la fin de la guerre à la drogue. L’Oregon devient le premier État de l’Union à décriminaliser l’ensemble des drogues. Quatre États clés ont accepté de réguler et de taxer le cannabis, portant à 15 le nombre total d’États qui régulent et taxent cette substance. Aujourd’hui, un tiers des 330 millions d’Américains vit dans un environnement où le cannabis est légal.

En marge de l’élection présidentielle, les citoyens de quatre États votaient également ce 3 novembre 2020 sur une question importante de société, la réglementation du cannabis à des fins récréatives.  L'Arizona, le Montana, le Dakota du Sud et le New-Jersey acceptent l’achat et la possession de cannabis par des adultes âgés de plus de 21 ans. En Arizona, la loi implique encore que les condamnations liées aux cannabis soient effacées. Les 300 millions d’impôts par an prévus financeront les services scolaires, la santé et la sécurité publique ainsi que les transports. Au Montana, les taxes devraient rapporter aux caisses de l’État 236 millions d’ici 2026.

Les citoyens du New-Jersey ont plébiscité la règlementation du cannabis. Les électeurs du Dakota du Sud ont encore eu la particularité d’accepter, en plus de la règlementation du cannabis, le cannabis à usage thérapeutique. Se produisant dans un État connu comme très conservateur, ce vote n’a rien d’anodin et peut être perçu comme révélateur d’un grand changement de perception sur les drogues dans le pays. Enfin, les électeurs du Mississippi ont par ailleurs validé un programme de cannabis à usage thérapeutique. Quant à l’Oregon, il devient le premier État à décriminaliser la possession et la consommation de toutes les drogues, tout en élargissant l’accès aux soins pour les personnes concernées. Il suit les pas du Portugal qui, il y a 20 ans, prenait ce virage avec le succès que l’on sait.

La Suisse a récemment donné des signaux encourageants pour suivre ce mouvement. La loi sur les essais pilotes cannabis, ainsi que l’Initiative parlementaire pour réguler le marché, dessinent un chemin clair vers ce qui devient l’évidence partout en Occident : la guerre à la drogue a échoué et nous devons tester d’autres approches. Les solutions suisses seront certainement différentes de celles qui sont mises en place aux USA. Elles devront répondre aux spécificités de notre pays, plus sensible à la santé publique et aux droits humains. Ce formidable terrain d’expérimentation que sont devenus les États-Unis va nous apporter beaucoup de nouvelles connaissances et contribuer à accélérer le processus de sortie de la guerre à la drogue.