Les dernières semaines ont vu une augmentation du nombre d’articles dans les médias autour de la cocaïne à fumer, connue sous le nom de crack. Genève connaîtrait une explosion de la consommation avec de nouvelles scènes ouvertes, due à l’arrivée de nouveaux dealers. Le GREA rappelle que la consommation de crack en Suisse n’est pas nouvelle et qu’elle signale plutôt un problème de précarité grandissante dans nos villes. Un autre regard doit être posé sur cette problématique de consommation de cocaïne en Suisse.

Le crack, une cocaïne plus rentable
La cocaïne est très largement présente en Suisse depuis longtemps et les réseaux de distribution sont fortement implantés. Dans les villes suisses, la consommation de cocaïne est bien supérieure à la moyenne européenne, selon les analyses des eaux usées. Dans notre riche pays, la consommation de cocaïne est habituellement peu visible, puisque pratiquée davantage en milieu festif ou privé. Le crack est un produit de cocaïne basé avec du bicarbonate de soude ou de l’ammoniaque, qui se fume. Plus rentable car diluée, la cocaïne consommée sous cette forme est notamment privilégiée par des populations plus précarisées et marginalisées. A ce jour, rien ne permet d’affirmer que l’augmentation de l’usage de crack constatée à Genève indique une augmentation du nombre de consommatrices et consommateurs de cocaïne. Pour le GREA, cette tendance signale plutôt une précarisation de la consommation qui se fait davantage dans la rue, et qui est donc plus visible.

L’échec de la guerre à la drogue
La politique de répression et de « guerre à la drogue » a créé des organisations criminelles puissantes et résilientes, qui peuvent importer des produits facilement et provoquer une chute des prix : en basant la cocaïne avec de l’ammoniaque, le produit est plus rentable mais également plus dangereux pour la santé des usagères et usagers. Ces organisations obéissent à une logique économique de maximisation des profits dans un marché où l’offre est déjà dense. L’épisode du container de cocaïne arrivé dans les usines Nespresso à Fribourg illustre bien le phénomène de sur-disponibilité du produit. L’arrivée de potentiels nouveaux dealers à Genève n’aura donc pas d’impact sur une situation où l’offre et la demande sont déjà stabilisées à un niveau élevé.

Vers la recherche de solutions
La stigmatisation des usagères et usagers de crack, ainsi que la politique de répression pratiquée en chassant les personnes de l’espace public, ne permettent pas d’avancer vers une amélioration de la situation. La consommation de crack peut impliquer un manque de sommeil, de nourriture et d’hydratation : les personnes ont besoin de soins, qui leur permettent d’aller mieux et d’éviter les débordements. Or, les structures d’accueil et de consommations ainsi que de soutien social plus large sont débordées et manquent de places. La problématique est complexe et n’appelle pas à des solutions simples. Néanmoins, un renforcement des politiques de réduction des risques (distribution de pipes et de bicarbonate de soude) ainsi qu’une réflexion autour de l’accompagnement des usagères et usagers de cocaïne seront inévitables. Les pistes de la remise médicalisée et de projets pilotes cocaïne, comme cela se fait pour l'héroïne et le cannabis, devront être explorées.