Par Denis Cosnard, Gilles Rof(Marseille, correspondant), Camille Stromboni et Laurie Moniez(Lille, correspondante)

Malgré l’arbitrage gouvernemental en faveur de ces dispositifs dans ces trois grandes villes, les tensions perdurent autour de l’ouverture de nouvelles structures de consommation de drogues.

Le dernier revirement est venu du Nord. A Lille, un coup d’arrêt brutal a été donné au projet de salle de consommation à moindre risque (SCMR), communément appelée « salle de shoot ». Tout était prêt fin octobre pour accueillir douze usagers et injecteurs de drogues (essentiellement héroïne et cocaïne ; crack…) par heure, 7 jours sur 7 l’après-midi, dans le quartier du Faubourg-de-Béthune. Mais l’Etat a changé son fusil d’épaule à la dernière minute : pas question d’ouvrir cette salle à l’endroit prévu, a signifié le premier ministre, Jean Castex, à la mairie par courrier, lundi 25 octobre.

Sur le terrain, autour de ces dispositifs dits de « réduction des risques » qui doivent permettre, dans un objectif de santé publique et de tranquillité publique, aux usagers de drogues très marginalisés de consommer dans un cadre sécurisé, rarement les tensions ont paru aussi fortes. Un vrai paradoxe : l’expérimentation de « salles de shoot », lancée en 2016 avec une structure à Paris, une autre à Strasbourg, a reçu le blanc-seing du gouvernement cet été. C’est donc un coup d’accélérateur qui était espéré par les acteurs porteurs de ces structures.

Matignon a en effet rendu un arbitrage en leur faveur : la mesure figure dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), dont l’examen au Sénat devait débuter lundi 8 novembre. Sur le papier, le ministère de la santé, qui défend ces dispositifs dont le « bilan positif » a été établi récemment par un rapport de l’Inserm, l’a donc emporté face à l’intérieur, qui n’a jamais caché son opposition à ces lieux où l’on consomme de la drogue.