La Norvège est prête à commencer les essais d'un spray nasal qui annule l'effet d'une overdose d'héroïne, un geste qui pourrait encourager d'autres pays à suivre cet exemple.

En dépit de sa richesse pétrolière, de ses cures de sevrage pour toxicomanes correctement financés et de son généreux système de sécurité sociale, la Norvège a le pire taux d’overdoses d'Europe occidentale. Les militants exhortent depuis longtemps le gouvernement à approuver le déploiement du spray nasal, qui administre de la Naloxone aux personnes en surdose, agissant comme une sorte de défibrillateur liquide.

Maintenant, avec une autorisation réglementaire, les essais norvégiens offriront le kit aux deux villes les plus peuplées de Norvège, Oslo et Bergen, d’ici la fin de l’année. Philipp Lobmaier, le médecin en charge de l’étude, a déclaré être confiant que la Naloxone permettra de réduire le nombre d’appelles d'ambulances, bien qu’elle ne soit pas la solution miracle. « J'espère que nous serons bientôt en mesure de montrer une diminution des appels aux services paramédicaux pour des cas d’overdoses, » a-t-il déclaré.

Le Conseil consultatif de Grande-Bretagne sur l'abus de drogues déclare depuis 2012 qu'il aimerait que la Naloxone soit disponible sans ordonnance pour les usagers du Royaume-Uni. Les toxicomanes au Pays de Galles et en Écosse reçoivent des kits d'injection sur ordonnance. Le spray nasal est considéré comme meilleur, cependant, car il est plus facile à utiliser pour les non-initiés et réduit le risque de propagation de l'hépatite C ou pire dû à l’injection.

Depuis 2002, environ 240 personnes sont mortes d'une overdose d'héroïne chaque année en Norvège, plus que le nombre de décès liés aux accidents de la route.

La Naloxone neutralise l'effet des opiacés sur le système nerveux central. Les kits seront disponibles dans des milieux non médicaux où les usagers sont plus susceptibles de se sentir en confiance, tels que les centres d'accueil, les auberges de jeunesse et la salle d'injection à moindre risque d'Oslo. En cas critique, selon Martin Blindheim, qui est en train d'élaborer la stratégie nationale sur les overdoses pour la direction de la santé norvégienne, les amis et les familles pourront également obtenir des kits et être formés à leur utilisation. « Les personnes les plus importantes seront les mères », a-t-il déclaré.

À Vestby, au sud d'Oslo, Wivian Koppang, dont la fille de 21 ans Madeleine est morte d'une overdose il ya trois ans, se réjouit de l’essai de la Naloxone, mais dit que le gouvernement traîne encore des pieds sur d'autres solutions. « Il faut faire plus pour sauver nos enfants », déclare-t-elle. Les demandes d’autorisation pour que les médecins des centres de soins et des hôpitaux à Bergen puissent prescrire de l'héroïne aux cas les plus à risque ont été catégoriquement rejetées. Il ya aussi un manque de volonté au niveau national pour ouvrir des salles d’injection à moindre risque dans les villes en dehors d'Oslo.

L'an dernier, la salle d'injection d'Oslo a été rénovée pour permettre aux usagers de fumer aussi les drogues. Mais depuis que le nouveau gouvernement conservateur a pris ses fonctions en octobre, la modification de la réglementation permettant l’utilisation de ces nouvelles cabines fumeurs a été renvoyée aux calendes grecques.

Dans un pays encore conservateur, les stratégies de réduction des risques sont considérées par beaucoup comme les étapes inévitables vers une politique de la drogue complètement libertaire. De même que prêcher le célibat pour lutter contre les grossesses précoces, l'abstinence et la désintoxication sont considérés comme la clé. « À long terme, nous voulons tous la désintoxication », a déclaré Blindheim. « Mais les morts ne peuvent pas être désintoxiqués. » La Norvège va donc essayer de distribuer un spray de Naloxone afin de combattre  son taux alarmant d’overdoses d’héroïne.

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