Les hépatites B et C affectent la santé publique mondiale dans les mêmes proportions que le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), la tuberculose ou le paludisme. Ces deux hépatites virales comptent parmi les maladies chroniques les plus fréquentes chez les usagers de drogue. Les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indiquent qu’à l’échelle mondiale, plus de personnes décèdent chaque année des suites d’une hépatite que du VIH. En Suisse, l’hépatite C tue annuellement cinq fois plus de personnes que le VIH: on estime à 40’000 le nombre de personnes infectées par le virus de l’hépatite C (VHC) et à 44’000 celles infectées par le virus de l’hépatite B (VHB).

Chaque année, on diagnostique le VHC chez environ 500 usagers de drogue par voie intraveineuse. En 2015, une analyse de la situation en matière de prévalence et de traitement de l’hépatite C chez les usagers de drogue en Suisse a révélé qu’entre 7700 et 15’400 d’entre eux étaient infectés par le VHC. On estime qu’environ 30% des personnes qui suivent un traitement résidentiel de l’addiction ou fréquentent un centre d’accueil à bas seuil sont porteurs du VHC. Cette proportion se monte à 60% pour les patients qui commencent un traitement par prescription à base de diacétylmorphine. L’analyse de la situation a en outre révélé des lacunes dans la chaîne de traitement de l’hépatite C, et ce dans tous les cantons étudiés.

Par conséquent, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a décidé d’améliorer la lutte contre l’hépatite C chez les usagers de drogue et d’élaborer des directives nationales en matière de prévention, de conseil, de dépistage et de traitement. Infodrog, la Centrale nationale de coordination des addictions, a été chargée d’élaborer le présent document, L’hépatite C chez les usagers de drogue: Directives avec fiches d’information spécifiques à chaque contexte, en collaboration avec des experts. L’objectif de ces directives consiste à établir des normes minimales dans tous les contextes de prise en charge et de traitement des usagers de drogue en vue de prévenir l’hépatite C et de lutter contre cette dernière, d’une part, et de renforcer la collaboration tout au long de la chaîne de soins, d’autre part. En raison du risque élevé de transmission du VHB et du VIH, les infections par ces virus sont également abordées dans ces directives. L’objectif est d’aboutir à un succès optimal en matière de prévention, de traitement et de suivi dans ce groupe à risque.

Les présentes directives bénéficient d’un large soutien des commissions et des associations concernées par la thématique. Elles proposent des instructions fondées sur des données probantes et sur la pratique concernant les soins intégrés pour tous les contextes de suivi et de traitement des usagers de drogue. Les thématiques prévention et information, conseil et dépistage ainsi que traitement et suivi forment la base pour des interventions efficaces et orientées vers le groupe cible. L’application de ces directives à large échelle vise à implémenter les mesures suivantes de prévention et de lutte :

  • Les usagers de drogue doivent avoir systématiquement accès à du matériel stérile (seringues, aiguilles, filtres, cuillères, eau, pailles, etc.), et ce également dans les régions rurales et en milieu carcéral. 
  • Les usagers de drogue comme les professionnels doivent constamment être sensibilisés aux voies de transmission des hépatites B et C et aux dangers qu’implique le partage de matériel de consommation. Il convient donc de mettre en place des offres de formation et des campagnes de sensibilisation adéquates. • La vaccination combinée contre les hépatites A et B conformément au Plan de vaccination suisse doit être proposée à tous les usagers de drogue.
  • Il faut garantir l’information continue des usagers de drogue concernant les possibilités de dépistage des hépatites B et C et du VIH.
  • Le traitement des addictions doit inclure, d’une part, des informations sur la propagation, la transmission, la prévention, l’évolution, le dépistage et le traitement des hépatites B et C ainsi que du VIH et, d’autre part, un dépistage régulier d’une éventuelle infection. Le dépistage d’une infection au VIH ou au VHC (tout comme au VHB pour les personnes non vaccinées ou en cas de statut peu clair) doit être effectué pour toutes les personnes consommant ou ayant consommé de la drogue, en cas de nouvelles valeurs hépatiques élevées, de maladies indéterminées ou encore après des contacts à haut risque de transmission. Si les comportements à risque persistent, les dépistages du VIH et du VHC doivent être répétés au moins une fois par an. Il est alors essentiel d’informer les personnes concernées des résultats, d’une façon adaptée à leur niveau de connaissance et de compréhension.
  • Le traitement des hépatites B et C ainsi que du VIH doit être planifié indépendamment du contexte et de manière interdisciplinaire, tout en tenant compte des facteurs individuels, sociaux et médicaux.
  • Un médecin expérimenté doit procéder au traitement de l’hépatite C (choix des médicaments, durée du traitement) selon les directives suisses actuelles. Concernant le choix de la combinaison médicamenteuse, il convient de faire particulièrement attention aux éventuelles interactions avec d’autres médicaments. 
  • La consommation d’alcool ou d’autres substances et le fait d’être sans-abri ne constituent pas en soi des contre-indications pour un traitement de l’hépatite C, mais nécessitent une planification adéquate. Un traitement contre l’hépatite C devrait être entrepris pour toutes les personnes infectées, indépendamment du type de virus, du degré de fibrose hépatique et d’éventuelles maladies concomitantes.
  • Durant le traitement, il convient de suivre de près et de soutenir les personnes concernées afin d’aboutir à une adhésion aussi complète que possible et de détecter rapidement d’éventuels effets secondaires. Les conditions du traitement doivent être fixées de manière individuelle. Au besoin, il faut prendre des mesures d’accompagnement, comme une surveillance quotidienne de la prise des médicaments, un traitement par une équipe interdisciplinaire ou un soutien par des interventions de pairs. 
  • Pendant et après le traitement d’une hépatite C, les patients doivent bénéficier d’informations complètes concernant les risques d’une nouvelle infection et la manière de s’en prémunir. Qui plus est, il convient de procéder à un dépistage régulier. 

Un chapitre des directives traite de la protection des collaborateurs. Pour leur propre sécurité, tous les collaborateurs travaillant avec des usagers de drogue doivent être vaccinés contre les hépatites A et B. Comme il n’existe à ce jour aucun vaccin contre le VIH et l’hépatite C, ils doivent s’en tenir aux mesures de prévention les plus efficaces, consistant à éviter tout contact des blessures ou muqueuses avec du sang dans leur quotidien professionnel. Par ailleurs, le matériel d’injection doit être éliminé en veillant à ce qu’il n’y ait pas de danger de blessure. Si, malgré tout, un collaborateur venait à s’exposer à du sang potentiellement infectieux, il faudrait alors toujours traiter ce genre de cas comme une urgence requérant des mesures immédiates. Pour chacune de ces situations, une procédure précise doit être disponible et correspondre aux recommandations en la matière.

Ces directives contiennent en outre des fiches d’information spécifiques aux différents contextes. Concises et claires, elles sont conçues pour guider les professionnels au quotidien (voir l’annexe).