VIENNE (14/03/2014) - Aujourd’hui, les gouvernements ont émis un appel sans précédent en faveur de la fin de la guerre contre la drogue aux Nations Unies.

« Les coûts de la guerre contre la drogue ne sont pas uniquement économiques, mais aussi humains, car de nombreuses personnes ont été sacrifiées au cours d’actions que nous avons prises pour gérer le problème de la drogue. Cela fait maintenant des années que nous mettons en œuvre les recommandations de la communauté internationale, et nous avons une autorité morale d’appeler à la mise en œuvre de meilleures pratiques pour atteindre les objectifs inclus dans les accords internationaux », a déclaré le Ministre de la Justice de la délégation colombienne, Gomez Mendez.

« Depuis 1961, à cause d’une interprétation rigide et restreinte des conventions sur la drogue, nous n’avions qu’un moyen de contrôler la consommation du cannabis : et c’est pour cela que nous avons imposé un système de pénalisation », a déclaré Diego Canepa, représentant de la délégation uruguayenne. « Nous n’avons pas de recette magique, mais nous essayons cependant de trouver une issue pour arracher le marché des mains des trafiquants. Nous avons une responsabilité envers nos citoyens et si nous ne relevons pas le défi et n’agissons pas, ce serait une erreur impardonnable ».

Ces appels ont été repris par plusieurs délégations dont le Mexique et la Suisse qui ont toutes promu des politiques basées sur la santé, au lieu de pénaliser la consommation de drogues. La délégation du Guatemala, quant à elle, a souligné la nécessité de « réviser les conventions des Nations Unies et que le débat sur les drogues en Amérique Latine était en cours ». Enfin, l’Equateur a déclaré que « de nombreux acteurs appellent aujourd’hui à un changement de paradigme pour comprendre et gérer le phénomène de la drogue ».

Ce soutien historique pour des réformes a eu lieu lors de la réunion de la Commission des Stupéfiants des Nations Unies (CND), le principal organe responsable des politiques mondiales en matière de drogues—qui a lieu à Vienne du 13 au 21 mars.

Les préparations de cette CND ont été semées d’embûches, avec des réformes nationales qui défient les politiques des drogues les plus répressives. Les gouvernements en faveur de politiques punitives sévères (telles que la Chine, le Pakistan et la Russie) rejettent les réformes historiques qui on eut lieu en Uruguay et aux Etats-Unis sur le cannabis. 

Joanne Csete, Directrice adjointe du Programme Mondial en matière de Politiques des Drogues (GDPp) d’Open Society Foundations a déclaré, « Le système est en train de changer devant nos yeux. Depuis des années, les gouvernements ont utilisé les Nations Unies pour promouvoir une approche unique à tous les Etats. La dissidence que nous voyons aujourd’hui constitue un démantèlement de la guerre internationale contre la drogue ».

Ann Fordham, Directrice exécutive du Consortium International sur les Politiques des Drogues (IDPC) a déclaré : « c’est le début d’une sérieuse reconsidération en matière de contrôle de drogues. Des milliards de dollars ont été gaspillés, des millions de personnes ont été pénalisées, des milliers de vies ont été perdues et les cartels de la drogue continuent à s’enrichir. Face à cette réalité, la charade d’un consensus mondial en matière de drogues n’est pas acceptable, et certains gouvernements ont enfin le courage d’en parler ». 

Le contexte de cette Commission des Stupéfiants et du Débat de haut niveau politique :

FAQ sur la Commission des stupéfiants et le débat de haut niveau politique: un guide pour les médias (en anglais)

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