Par Fabrice Olivet / Mediapart

Affaire Sarah Halimi, tribune des généraux, assassinat du policier d’Avignon, derrière tous ces faits divers une ombre plane, le trafic de stupéfiants qui gangrène « les territoires perdus de la république ».  En alternance avec le fondamentaliste musulman, la « racaille de banlieue » est là, bien installée dans notre imaginaire, pour nourrir une nouvelle peur du sauvage. Pour déconstruire ce topos, il est nécessaire de mettre en évidence un élément -clé du débat : depuis 40 ans la France confie à ses quartiers populaires la tâche essentielle de la fournir en psychotropes illicites[1].

Les drogues ont une fonction essentielle :  nous envoyer vers les étoiles sans trop de casse mais il est politiquement interdit de l’avouer. C’est un morceau du « privilège blanc » que de pouvoir se faire livrer sans risque à domicile un pochon de beuh ou une bonbonne de coke, un attribut de la dépénalisation de fait dont bénéficient les consommateurs des classes sociales favorisées. Le risque c’est pour les autres, les racailles qui vendent, qui livrent et qui, pour les mêmes raisons, sont contrôlées et réprimées. Ce privilège blanc a comme avantage de faire porter la faute du trafic sur l’espace déconsidéré de la banlieue mais les profits escomptés par le marché légal du cannabis sont aujourd’hui tellement massifs qu’il est urgent de sortir cette substance du prolétariat des stupéfiants. C’est la mission confiée à Caroline Janvier.

Source