Par Khalid Tinasti - Jeune Afrique

Alors que plusieurs pays européens assouplissent leur législation sur le cannabis, ils continuent à en soutenir la prohibition chez leur voisin producteur du Sud.

L’Europe a joué un rôle déterminant, depuis 1906, dans le contrôle du cannabis au Maroc. Il s’agissait dans un premier temps d’exploiter cette ressource légalement, puis de la prohiber dans le cadre de la lutte contre l’addiction qui se développait en Europe au début du 20e siècle.

Le tabac et le « kif » (traduction du mot cannabis en arabe marocain) ont été exportés par la Régie publique créée par la France à cet effet en 1912 dans la zone internationale de Tanger, non loin des montagnes du Rif. La vente, la consommation et la puissance du cannabis marocain ne semblaient poser que peu de problèmes à cette époque, que ce soit sur le plan social ou celui de la santé.

Au début des années 1930, la France a décidé d’interdire la production de cannabis hors des fermes liées à la Régie (autour de Marrakech, par exemple). La production dans le Rif est restée autorisée par les autorités espagnoles, et le choix des consommateurs locaux se portait sur le cannabis rifain. Ainsi, trois marchés sont nés : celui du cannabis traditionnel fumé par les Berbères ; celui du cannabis légal produit et vendu par la France ; et celui du cannabis illégal produit dans la zone sous contrôle espagnol puis introduit en contrebande.