20 ans. C’est la durée de la période glaciaire qui s’est abattue sur la politique drogue de notre pays. Pendant 20 ans, les « Dr Yaka » ont dominé l’agenda fédéral. Des compromis intelligents ont certes été trouvés, comme la révision partielle de la LStup en 2008, ou les essais pilotes cannabis en 2020. Mais ils possèdent tous le même défaut. Ils manquent d’une vision globale, d’un renouveau du regard sur les drogues qui permettrait de nous arracher enfin à cette vision nocive et guerrière inventée dans les années 70, celle de la guerre à la drogue, qui se transforme toujours en une « guerre aux consommateurs ». Ruth Dreifuss avait tenté le pari en 2001, avec son message aux chambres fédérales. Son courage politique n’aura cependant pas trouvé grâce au Parlement fédéral. En 2003, ce dernier élisait Christoph Blocher et balayait son projet réformateur.

Mais les faits sont têtus. Notre Ruth Dreifuss avait raison. Une politique doit s’adapter à la réalité, et non l’inverse. Les tentatives pour changer l’être humain nous ont fait assez de mal dans un XXe siècle si douloureux. Les drogues sont là, pour ainsi dire sous nos yeux, dans nos rues, autour de nous, chez nos voisins, amis, collègues, enfants, parents. Plutôt que de se lamenter sur l’imperfection de notre condition, il est temps de réduire les risques de leurs utilisations. Il n’y a ici aucune fatalité, mais une posture de responsabilité, individuelle et collective. Ces produits jouent avec notre cerveau et notre corps. Dans certains contextes, elles peuvent rencontrer des histoires de vie spécifiques et nous empêcher de vivre, parfois même d’en mourir. Alors que ces produits promettent tant lors des premiers usages, ils ne peuvent et ne doivent pas rester dans la liberté totale que leur donne la prohibition. Nous devons les contrôler, pour mettre fin aux violations des droits humains et aux inégalités de santé criantes que le système actuel provoque.