Par Kgalema Motlanthe, Olusegun Obasanjo - Commission globale de politique en matière de drogues

Les deux anciens présidents Olusegun Obasanjo et Kgalema Motlanthe, tous deux membres de la Commission globale de politique en matière de drogues, se disent conscients des effets négatifs des politiques menées jusqu’alors dans ce domaine, notamment à l’égard de la jeunesse du continent. Ils prônent une nouvelle approche.

Lorsque nous dirigions nos pays respectifs, le Nigeria et l’Afrique du Sud – les deux plus importantes économies du continent –, nos gouvernements rêvaient d’accomplir bien des choses. Et notamment de créer des sociétés exemptes de drogues.

Nous avions tort. Nous avions tort de penser que la prohibition, la répression et la prison protégeraient nos enfants. Nous avons accepté que de lourdes peines leur soient infligées pour des délits liés aux drogues, y compris lorsqu’aucune violence n’avait été commise. Nous avons autorisé les forces de sécurité de l’Etat à arrêter et à punir nombre de nos concitoyens. Rétrospectivement, nous y voyons un excès. Cela n’a pas marché.

Intérêts politiques

Cela n’a pas marché parce que la prohibition que les superpuissances ont imposée au monde à la fin de la Seconde Guerre mondiale, loin d’être une stratégie rationnelle et efficace contre les addictions, n’était que le prolongement de leurs intérêts politiques et de leurs affinités sur le plan culturel.

Aujourd’hui, le tabac et l’alcool font l’objet d’un libre commerce, appuyé par un marketing sophistiqué. Personne, pourtant, ne peut nier que ces deux substances nuisent à la santé. En acceptant de faire ainsi, assez artificiellement, la différence entre ces deux substances et les drogues illégales (le cannabis par exemple), les dirigeants du monde, y compris en Afrique, en sont arrivés à commettre bien des erreurs.