Par Marion Briswalter et Michaël Hajdenberg

Les profils sont connus, la pratique tragiquement banalisée. « C’est une hécatombe », soupire un membre du ministère de la justice en poste en Guyane. Depuis 2015, le nombre de « mules » qui transportent de la cocaïne depuis cette collectivité française d’Amazonie vers la métropole a explosé. Les autorités estiment qu’une dizaine de mules montent à bord de chaque vol Cayenne-Paris, pour gagner quelque 3 000 euros par voyage. « Un phénomène extrêmement préoccupant », selon Éric Vaillant, le procureur de la République à Cayenne, un phénomène que les autorités ont toutes les peines du monde à endiguer.

Voilà vingt ans que cela dure : les mafieux recourent aux mules pour transporter in corpore, dans leurs bagages ou sous-vêtements, dans les couches d’un bébé ou autres endroits insolites, des centaines de grammes, voire des kilos de poudre blanche entre la Guyane française, les Pays-Bas et Paris.

Mais depuis trois ans, le rythme s’est emballé. « Tous les jeunes dans l’Ouest guyanais se disent : soit je perce dans l’illégal, soit je perce dans le légal, mais je ne vais pas rester comme ça », raconte Ludovick, un lycéen de 18 ans de Saint-Laurent-du-Maroni. Pour suppléer au service public défaillant et à des perspectives économiques ténues, certains lycéens seraient sur le fil : « C’est soit l’armée, soit la mule », commente, sombre, un professionnel du secteur social, sous couvert d’anonymat.