By Le Monde Fr.

Deux propositions de loi pour la légalisation de la production de cannabis à des fins médicales ont été déposées au Parlement. Mais dans la Bekaa, foyer de production, les habitants se sentent abandonnés de longue date par l’Etat et accueillent avec prudence ces annonces.

De la terrasse ombragée d’Abou Issam, le village frondeur de Yammouneh se révèle, avec son lac artificiel bleu foncé, ses pommiers, et le toit des villas luxueuses au milieu des vieilles bâtisses. Et de part et d’autre de ce petit bourg de la ­Bekaa enserré par les montagnes, les vastes superficies dédiées à ses célèbres champs de cannabis. Aucune autorité n’est jamais parvenue à les éliminer durablement, ni par la force, ni par d’éphémères programmes de substitution.

Issu d’une famille de cultivateurs, Abou Issam, sexagénaire élégant, revient régulièrement dans son village d’origine : « Sans l’argent du haschich envoyé par mon père, je n’aurais pas pu me faire une situation quand je suis parti pour Beyrouth. » Il avait alors 18 ans. C’était avant que la production de cannabis – et d’opium – ne connaisse ses années d’or dans la Bekaa, durant la guerre du Liban (1975-1990).