Les efforts visant à réduire l’offre de drogues illégales ne doivent plus se concentrer sur la répression des cultivateurs

Tant qu’il y aura une demande pour les produits dérivés de plantes narcotiques telles que l’Opium, la Cocaïne et le Cannabis, et aussi longtemps que des bénéfices pourront être retirés de leur distribution, ces plantes continueront d’être cultivées (ou d’être fabriquées par synthèse) quelque part dans le monde. Ceci est aussi vrai pour les Stimulants de Type Amphétamine et l’Extasie. En effet, bien que ces drogues soient perçues comme étant créées par synthèse, elles sont encore largement dérivées de l’éphédra et des sassafras. Tous les efforts visant à stopper la culture de ces plantes ont soit échoué, soit mené à la délocalisation de leur culture dans une autre région du monde (l’effet « ballon »), ou ont tout au mieux conduit à une courte période de rupture d’approvisionnement pour les consommateurs. Par exemple, la diminution de la production de coca au Pérou au début des années 1990 et en Bolivie vers la fin des années 1990, a tout simplement conduit à une augmentation de la production en Colombie. De même, le succès des mesures visant à réduire la production de pavot à Opium en Thaïlande et au Pakistan au cours des années 1990 a conduit à une augmentation du niveau de production en Afghanistan. A la lumière de ces expériences, il est difficile d’imaginer comment la poursuite des efforts visant à réduire la production de ces substances pourra conduire à empêcher l’offre de ces produits au marché de la consommation.

Les mesures prises par les gouvernements et agences internationales pour lutter contre la portée et l’influence croissante des organisations et réseaux criminels (qui tirent une grande partie de leurs richesses de la distribution de drogues illégales) sont évidemment importantes. Cependant, ces mesures devraient être dirigées vers des objectifs plus larges touchant à la suppression de la criminalité organisée, plutôt que d’être focalisées sur la quantité de drogues interceptées. De même, l’action internationale visant à apporter stabilité et prospérité dans les régions de plantation (actuellement l’Afghanistan et la région des Andes en Amérique du Sud) est nécessaire, mais la priorité devrait être mise sur la création de moyens d’existence durables et une meilleure qualité de vie pour certaines des personnes les plus pauvres de la planète. Cette approche serait à la fois plus humaine et plus efficace. Les agriculteurs pauvres cultivent les plantes utilisées pour la production de drogues illégales comme moyen de subsistance de base. L’éradication de leur unique source de revenus avant la mise en place de nouveaux moyens de subsistance conduit à une spirale descendante de pauvreté pour les personnes affectées. Cette situation les pousse à recommencer à cultiver les mêmes plantes, ce qui conduit à l’expansion géographique de la production. La promotion continue des programmes d’éradication forcée dans les Andes et en Afghanistan ne peut être justifiée ni sur le plan de perspectives de succès pour la réduction globale de l’offre en drogues, ni sur leur impact sur les conditions locales. Ces programmes d’éradication forcée sont souvent contre-productifs, génèrent des conflits sociaux et de la violence au niveau politique et ébranlent la légitimité des gouvernements. La pulvérisation aérienne a aussi un impact négatif sur les économies et un environnement déjà fragiles dans les régions de culture, et entraine davantage de pauvreté et d’exclusion des communautés rurales. C’est pourquoi les politiques anti-drogue des Etats-Unis, soutenues par l’ONUDC, sont en directe contradiction avec le développement et les politiques relatives aux droits de l’homme des autres agences de l’ONU, notamment du PNUD, de l’ONUSIDA, du FAO, de l’UNESCO et du HCR.

Une politique plus efficace et responsable pour réduire l’offre en drogues illégales doit se focaliser sur des objectifs relatifs au développement et à la résolution des conflits dans les régions de plantation actuelles, plutôt que de traiter des communautés et des cultures entières comme étant criminelles. Cette politique doit par ailleurs diriger l’application des lois de manière plus explicite vers les réseaux criminels qui récoltent les plus larges bénéfices tirés de la synthèse et de la distribution des substances illégales.