Les décisions politiques liées à la drogue doivent être prouvées par les meilleures données disponibles

 
L’usage de drogues illicites et les réponses politiques visant à résoudre le problème ont un impact significatif sur la vie de centaines de millions de personnes. Le développement et la mise en œuvre de régulations efficaces dans ce domaine est donc un aspect important de la politique sociale. Il est préoccupant que les débats et décisions anti-drogue (au sein des parlements nationaux, de cadres internationaux tels que le Parlement Européen, l’OEA-CICAD, l’accord ASEAN/Chine, ou la Commission des Stupéfiants des Nations Unies) sont souvent dominés par des considérations idéologiques, politiques ou diplomatiques, plutôt que la recherche objective de politiques et programmes ayant pour but de maximiser la santé humaine et le bien-être.

La disponibilité de données et d’analyses sur la consommation de drogues, les problèmes qui en découlent, et l’impact des politiques anti-drogue, s’est largement améliorée au cours des dix dernières années, mais les débats politiques internationaux ne font actuellement pas suffisamment usage de ces analyses. De nombreux gouvernements ont créé des stratégies nationales détaillées en matière de drogues au cours des années 1990, et se sont engagés à participer à un processus d’évaluation et de révision à la lumière de l’expérience et des preuves disponibles. En pratique, seule une poignée de pays a mené de telles évaluations – les autres pays se sont limités à un rapide examen interne, suivi de la réaffirmation et de la poursuite des principaux éléments de la stratégie déjà existante. La stratégie de l’ONU mise en place lors de la Session Extraordinaire de l’Assemblée Générale en 1998 pour une période de dix ans et qui avait fixé des objectifs ambitieux pour la réduction de l’offre et la demande en drogues illicites touche elle aussi à sa fin. Les modalités de révision des données disponibles pour ce programme clé sont toutefois extrêmement limitées, et donnent l’impression que les Etats Membres se préparent simplement à réaffirmer l’ensemble des politiques et programmes actuels. Etant donné l’évolution importante qu’ont subi l’ampleur et la nature du marché mondial de la drogue au cours des dix dernières années, et le fait que les politiques nationales et la coopération internationale ne sont pas encore parvenues à diminuer l’usage des drogues (ou à combattre les méfaits qui en découlent), nous pouvons en déduire qu’une évaluation détaillée des progrès atteints jusqu’ici est maintenant particulièrement appropriée, et faisable.