Le 30 juin 2016,

Les politiques sur les drogues au Canada sont à un tournant. Le gouvernement fédéral a déclaré son réengagement à la réduction des méfaits et à la santé publique, et il est de nouveau ouvert à discuter avec la société civile.

Signe de ce nouveau dialogue, nous avons reçu la ministre fédérale de la Santé, la Dre Jane Philpott, le 17 juin à Toronto, qui a prononcé l’allocution d’ouverture de « Décriminalisation et réglementation : une approche de santé publique et de droits humains » – 2e Conférence nationale pour « Tracer l’avenir des politiques sur les drogues au Canada » (coparrainée par le Réseau juridique canadien VIH/sida, la Coalition canadienne des politiques sur les drogues, le Centre international pour la science dans les politiques sur les drogues et l’Association canadienne de santé publique, avec le soutien de l’Initiative canadienne de recherche sur l’abus de substances). Près de 200 responsables des politiques, chercheurs, militants, intervenants et membres de la communauté y ont discuté de l’avenir des politiques du Canada en matière de drogues, et examiné comment profiter de leçons d’autres législatures.

La ministre Philpott a profité de l’occasion pour annoncer quelques initiatives visant à répondre à la crise actuelle de santé publique qu’est le mauvais usage d’opioïdes, qui cause de plus en plus de décès par surdose. Certaines des annonces de la ministre ont reçu un chaleureux accueil de l’auditoire, notamment les mesures pour accroître l’accès à la naloxone et au traitement de la consommation problématique d’opioïdes. D’autres mesures annoncées, notamment pour réduire la prescription de médicaments opioïdes par les médecins, ont provoqué de sérieux questionnements quant aux conséquences néfastes d’une approche indûment restrictive. La Dre Philpott a réitéré son engagement à une consultation continue de la société civile, y compris à l’approche d’un « sommet sur l’abus d’opioïdes » qu’elle organisera cette année.

Il va de soi que toute discussion concernant les politiques sur les drogues doit inclure les voix des personnes qui consomment. Jordan Westfall, président de l’Association canadienne des personnes qui consomment des drogues (ACPCD), a prononcé un discours énergique, immédiatement après celui de la ministre. Des membres de l’ACPCD venus des quatre coins du pays formaient de plus un contingent articulé et nombreux, assurant que les responsables des politiques ainsi que les élus présents à la conférence entendent directement ce qu’ont à dire les personnes les plus touchées.

Les participants ont également entendu le captivant discours programme de Joanne Csete, ancienne directrice générale du Réseau juridique, qui est l’auteure principale du rapport de la Commission Johns Hopkins─Lancet de 2016 sur les politiques en matière de drogues et la santé; sans oublier l’allocution finale galvanisante prononcée par Stephen Lewis, codirecteur d’AIDS-Free World.

Une des séances principales portait sur le cannabis. Lewis Koski, du département du Revenu du Colorado, y a parlé de l’expérience de cet État en ce qui concerne la légalisation et la réglementation du cannabis. Eric Costen, qui dirige le nouveau secrétariat de Santé Canada sur la réglementation du cannabis, a réitéré l’engagement du gouvernement à écouter la société civile (y compris les personnes qui consomment des drogues), dans le processus de légalisation. Plusieurs interventions de l’auditoire ont souligné, à raison, la question de savoir pourquoi, entre-temps, le gouvernement fédéral refuse de décriminaliser la simple possession de cannabis et persiste à criminaliser quelque chose qu’il a décidé de légaliser.

La conférence a également abordé la nécessité de réformer les politiques sur les drogues au-delà de la légalisation du cannabis. Le Dr João Goulão, directeur général de l’agence portugaise sur les dépendances, a traité de l’expérience de son pays depuis sa décriminalisation de la possession pour consommation personnelle de toutes les drogues, en 2001. Il a présenté des données démontrant une diminution remarquable du nombre de décès liés aux drogues et aux surdoses ainsi que des nouveaux cas de VIH associés à l’injection de drogues. D’autres conférenciers ont mis en relief les méfaits qui ont cours sous le régime actuel de prohibition, et prôné comme avenue de rechange une approche axée sur la santé publique relativement à toutes les substances actuellement illégales.

En somme, l’urgente nécessité d’agir était palpable car, comme l’a affirmé la ministre de la Santé en parlant de l’épidémie de surdoses : « Nous sommes en situation de crise ». 

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Thumbnail: Flickr CC Samuel Auguste